Le bikepacking, c’est l’art de partir plusieurs jours à vélo avec un équipement léger fixé directement sur le cadre, la selle et le guidon, pour rouler loin, souvent hors des routes goudronnées. Son histoire commence bien avant le mot lui-même : dès la fin du XIXᵉ siècle, des pionniers bouclaient déjà des tours du monde avec des sacs ficelés sur leur machine.
Dans cet article, je te propose un voyage dans le temps : les premiers explorateurs à vélo, l’âge d’or du cyclotourisme, la révolution du VTT, la naissance du terme dans les années 1970, puis l’explosion du matériel et des courses d’ultra-distance. Tu verras que derrière les sacoches high-tech d’aujourd’hui se cache une envie très ancienne : aller voir plus loin, avec le minimum.
Sommaire
- Qu’est-ce que le bikepacking ?
- Les pionniers du voyage à vélo (1880-1900)
- Du cyclotourisme au voyage minimaliste
- Le VTT et les courses d’ultra-distance
- D’où vient le mot « bikepacking » ?
- L’explosion du matériel spécialisé
- Le bikepacking aujourd’hui et demain
- FAQ
Qu’est-ce que le bikepacking ?
Le mot mélange bike (vélo) et backpacking (randonnée sac au dos). Il désigne un voyage à vélo de plusieurs jours où tout le matériel tient dans des sacs fixés au vélo, sans porte-bagages. On l’oppose souvent au cyclotourisme classique, plus chargé et plus routier, même si les deux pratiques se croisent en permanence.
Une quête de liberté et de légèreté
Ce qui fait le bikepacking, c’est moins le vélo que l’intention : quitter l’asphalte, accepter l’imprévu, emporter seulement l’essentiel. Le site de référence Bikepacking.com résume cet esprit par l’expression dirt intention : l’envie de rouler sur la terre, au plus près des paysages. Si tu hésites entre les deux approches, j’ai tout détaillé dans notre comparatif bikepacking vs cyclotourisme.
Le vélo, symbole d’émancipation dès le XIXᵉ siècle
À la fin du XIXᵉ siècle, la bicyclette bouleverse les déplacements : peu chère, autonome, elle permet à des milliers de gens d’explorer leur région, puis le monde, sans dépendre du train ou du cheval. Le bikepacking prolonge cette idée simple : un vélo, quelques sacs, et la route devant soi.

Les pionniers du voyage à vélo (1880-1900)
Les premiers « bikepackers » n’en portaient pas le nom, mais ils en avaient tout l’esprit. Avec des vélos lourds et des routes souvent inexistantes, ils ont prouvé qu’on pouvait traverser des continents entiers en totale autonomie.
Les premiers tours du monde
- Thomas Stevens : entre 1884 et 1886, il boucle le premier tour du monde à vélo… sur un grand-bi, avant même l’arrivée de la bicyclette moderne.
- Thomas Allen et William Sachtleben : de 1890 à 1892, les deux Américains traversent l’Europe et l’Asie, Chine comprise, avec des sacs attachés au cadre, au guidon et à la selle. Une configuration étonnamment proche du bikepacking actuel.
- Frank Lenz : parti en 1892 pour un tour du monde, il disparaît en 1894 en Turquie. Son histoire rappelle les risques que prenaient ces aventuriers.
- Annie Londonderry : en 1894-1895, elle devient la première femme à faire le tour du monde à vélo, et une véritable célébrité de son époque.
La bicyclette de sécurité change tout
L’arrivée de la bicyclette de sécurité, avec deux roues de même taille et une transmission par chaîne, rend le vélo stable et accessible à tous. Les clubs se multiplient : le Cyclists’ Touring Club naît au Royaume-Uni en 1878, et en France, Paul de Vivie, dit Vélocio, devient le père du cyclotourisme et l’apôtre du voyage à vélo autonome.
1897 : l’expédition des Buffalo Soldiers

En 1897, une vingtaine de soldats afro-américains du 25ᵉ régiment d’infanterie, les Buffalo Soldiers, relient Fort Missoula (Montana) à Saint-Louis (Missouri) : environ 3 000 km en 41 jours. L’armée voulait tester le vélo face au cheval. Chargés de dizaines de kilos d’équipement sur des pistes souvent boueuses, ils ont prouvé qu’une troupe à vélo pouvait aller vite et loin. Autonomie, sacs sur le cadre, chemins non goudronnés : tout le bikepacking est déjà là.
Du cyclotourisme au voyage minimaliste
Pendant la première moitié du XXᵉ siècle, le voyage à vélo se structure autour du cyclotourisme : des sacoches, des routes, des étapes. Le bikepacking naîtra de ceux qui ont voulu sortir de ce cadre.
Cyclotourisme et bikepacking : ce qui les distingue
| Critère | Cyclotourisme | Bikepacking |
|---|---|---|
| Équipement | Porte-bagages et sacoches latérales, chargement plus lourd | Sacs fixés au cadre, à la selle et au guidon, léger et compact |
| Terrain | Routes et voies vertes | Chemins, pistes et sentiers |
| Hébergement | Camping, chambres d’hôtes, hôtels | Bivouac le plus souvent |
| Autonomie | Grande capacité de charge | Limitée par le volume des sacs : on emporte l’essentiel |
| Vélos | Vélo de randonnée, souvent en acier | Gravel, VTT ou fatbike |
L’âge d’or des randonneuses françaises
Après la Seconde Guerre mondiale, le temps libre progresse et le voyage à vélo repart de plus belle. En France, des artisans appelés constructeurs fabriquent des randonneuses élégantes, avec garde-boue, dynamo et porte-bagages intégrés. Les brevets de longue distance se développent, dans la lignée du mythique Paris-Brest-Paris : 1 200 km, couru pour la première fois en 1891.

1955 : le Rough-Stuff Fellowship sort des routes
Au Royaume-Uni, des passionnés fondent en 1955 le Rough-Stuff Fellowship, un club dédié aux pistes agricoles et aux sentiers de montagne. Vélos de randonnée, sacoches en coton huilé et portage pour franchir les cols : ces « hors-pistes » avant l’heure annoncent directement l’esprit bikepacking.
Le matériel s’allège dans les années 1970
Dans les années 1970, deux évolutions changent la donne : le matériel de camping léger (duvets synthétiques, réchauds compacts) et les sacoches en nylon. Aux États-Unis, le grand rassemblement Bikecentennial de 1976 fait traverser le pays à des milliers de cyclistes et donne naissance à l’Adventure Cycling Association.

Le VTT et les courses d’ultra-distance
Le bikepacking moderne doit beaucoup aux États-Unis : c’est là que le VTT est né, et là que les premières courses en autonomie totale ont façonné le matériel et la culture de la discipline.
Le VTT ouvre les chemins (1970-1980)
Au milieu des années 1970, une bande de passionnés dévale les pentes du mont Tamalpais, près de San Francisco, sur des vélos bricolés. Parmi eux, Joe Breeze, Gary Fisher et Tom Ritchey créent les premiers vélos tout-terrain. Pneus larges, transmissions à grande plage, freins puissants : le VTT apporte tout ce qui manquait pour voyager loin des routes.

Les premières aventures hors-piste
Dès les années 1980, des aventuriers utilisent le VTT pour de longues traversées sauvages. Le matériel reste rudimentaire : sacs à dos, sacoches classiques, parfois remorques. Mais l’idée est lancée : un vélo tout-terrain permet d’aller là où aucun cyclotouriste n’allait.
Des courses qui forgent la discipline
En Alaska, l’Iditabike se court dès 1987 sur la piste enneigée de l’Iditarod, sur plus de 300 km. Puis l’Adventure Cycling Association trace la Great Divide Mountain Bike Route, un itinéraire de pistes qui traverse les États-Unis du Canada au Mexique. La Great Divide Race s’y court dès 2004, remplacée en 2008 par la Tour Divide, sans assistance et suivie en direct grâce aux balises GPS. L’Arizona Trail Race (2006) et la Colorado Trail Race (2007) complètent le calendrier et poussent les fabricants à créer du matériel spécifique.
D’où vient le mot « bikepacking » ?
Le mot apparaît dès les années 1970, mais il ne s’impose qu’au début des années 2000, porté par les courses d’ultra-distance et les premières marques spécialisées.
1973 : une première apparition dans National Geographic
On attribue souvent la première utilisation du terme à un article de National Geographic de 1973, consacré au voyage à vélo de June et Greg Siple à travers l’Alaska et le Canada. Avec Lys et Dan Burden, les Siple réalisent ensuite le « Hemistour », de l’Alaska jusqu’à la pointe sud de l’Amérique, une aventure qui inspirera le Bikecentennial de 1976.
Un mot qui s’impose dans les années 2000
Dans les années 1990, les pratiquants parlent plutôt de rackless touring (voyage sans porte-bagages) ou d’adventure riding. Le mot bikepacking s’impose ensuite, quand il devient clair que cette pratique marie le vélo et le minimalisme de la randonnée.
Internet et le « dot-watching »
Forums, blogs puis réseaux sociaux font grandir la communauté : on partage ses traces, ses listes de matériel, ses récits. Des sites comme Bikepacking.com, fondé par Logan Watts, deviennent des références. Et le dot-watching, le fait de suivre en direct les points GPS des coureurs, crée une vraie culture internationale autour des grandes courses.

L’explosion du matériel spécialisé
Ce sont les courses d’ultra-distance, notamment en Alaska, qui ont fait naître la bagagerie de bikepacking telle qu’on la connaît. Les sacs existants n’étaient pas adaptés : les coureurs ont fabriqué les leurs.
Les sacs qui ont fait le bikepacking
- Sacoche de cadre : elle occupe le triangle du vélo et garde le poids bas et centré. Idéale pour la nourriture, l’eau ou les objets lourds. Tout savoir pour choisir ta sacoche de cadre.
- Sacoche de selle : fixée sous la selle sans porte-bagages, elle accueille les affaires volumineuses comme les vêtements ou le duvet. Voir notre guide de la sacoche de selle bikepacking.
- Sacoche de guidon : à l’origine une simple bâche roulée autour de la tente et du duvet, déjà utilisée par Sachtleben ou les Buffalo Soldiers. Les modèles actuels sont détaillés dans notre guide de la sacoche de guidon.
- Sacoches de cockpit : petites poches sur le tube supérieur ou la potence, accessibles en roulant pour le téléphone ou les barres. Lis notre guide de la sacoche de top tube.
- Matériaux modernes : tissus étanches et légers (X-Pac, Dyneema), sangles modulables et fixations qui s’adaptent à presque tous les vélos.

Eric Parsons, l’artisan de l’Alaska
Au début des années 2000, Eric Parsons participe aux courses d’endurance hivernales en Alaska et constate que les sacs du commerce ne tiennent pas la route. Il coud les siens, fonde Epic Designs, rebaptisée ensuite Revelate Designs, et conçoit des modèles devenus des classiques, comme le sac de cadre Tangle ou la poche de potence Mountain Feedbag. Avec d’autres petits ateliers, il a inspiré toute l’industrie.
Pourquoi ces sacs ont tout changé
En plaçant le poids au centre du vélo plutôt que sur les côtés, les sacs de bikepacking rendent la machine plus stable et plus maniable sur les sentiers étroits. Ils se montent et se démontent en quelques minutes, et ils permettent de pousser ou porter le vélo dans les passages difficiles. Pour composer ton propre setup, commence par notre guide pour choisir ta sacoche de bikepacking.
Le bikepacking aujourd’hui et demain
Aujourd’hui, le bikepacking est une discipline à part entière, entre compétition, voyage au long cours et simple nuit en bivouac à deux heures de chez soi.
Des courses à l’esprit communautaire
Les épreuves d’ultra-distance se multiplient, comme la Transcontinental Race en Europe depuis 2013 ou la Race Across France. Leur règle : l’autosuffisance, sans assistance, en n’utilisant que les commerces sur la route. Et pour ceux qui ne cherchent pas le chrono, de grands itinéraires balisés, comme la Grande Traversée du Massif Central, permettent de vivre l’aventure à son rythme.
Gravel, VTT, route ou fatbike : à chacun sa pratique
- Gravel : pneus de 35 à 50 mm, parfait pour les pistes roulantes et les itinéraires mixtes. C’est souvent la porte d’entrée des cyclotouristes vers le bikepacking.
- VTT : indispensable pour les sentiers techniques et les grands itinéraires de montagne comme la Great Divide.
- Route : pour les petites routes et les chemins stabilisés, avec un setup léger. Découvre notre guide du bikepacking en vélo de route.
- Fatbike : avec des pneus jusqu’à 5 pouces, il passe sur la neige, le sable ou les terrains marécageux.
Vers un voyage plus durable
Le bikepacking s’inscrit naturellement dans une démarche écologique : voyager à vélo, c’est presque zéro émission. La communauté défend les principes Leave No Trace : bivouac discret, aucun déchet laissé, achats dans les commerces locaux. Côté matériel, les marques travaillent sur des tissus recyclés et des sacs réparables, tandis que de nouveaux formats apparaissent : vélo et packraft pour franchir les rivières, train pour rejoindre des zones reculées.
À retenir : en plus d’un siècle, le matériel a complètement changé, mais l’idée est restée la même : un vélo, l’essentiel dans quelques sacs, et l’envie d’aller voir plus loin.
FAQ – L’histoire du bikepacking en 5 questions
Quelles sont les origines du bikepacking ?
Le bikepacking trouve ses racines dans les grands voyages à vélo de la fin du XIXᵉ siècle : tours du monde de Thomas Stevens ou d’Annie Londonderry, expédition des Buffalo Soldiers en 1897. Le VTT, puis les courses d’ultra-distance des années 2000, ont ensuite façonné la pratique moderne.
Quelle est la différence entre bikepacking et cyclotourisme ?
Le cyclotourisme utilise des porte-bagages et des sacoches latérales, surtout sur route. Le bikepacking mise sur des sacs fixés directement au vélo, un équipement minimaliste et des chemins non goudronnés. Les deux se complètent plus qu’ils ne s’opposent.
Quand le mot « bikepacking » est-il apparu ?
On attribue sa première apparition à un article de National Geographic de 1973 sur le voyage de June et Greg Siple en Alaska et au Canada. Le terme ne s’est vraiment imposé qu’au début des années 2000, avec les courses d’ultra-distance et les marques spécialisées.
Quels sont les sacs indispensables en bikepacking ?
Le setup classique associe une sacoche de cadre, une sacoche de selle et une sacoche de guidon, complétées par de petites poches de cockpit. Ce trio répartit le poids au centre du vélo et garde une bonne maniabilité sur les sentiers.
Quel vélo choisir pour débuter le bikepacking ?
Ton vélo actuel suffit souvent pour un premier week-end. Le gravel est le choix le plus polyvalent pour les pistes et les petites routes ; le VTT s’impose pour les sentiers techniques. L’essentiel est d’avoir des points de fixation et des pneus adaptés au terrain.
Conclusion : une même quête de liberté depuis plus d’un siècle
Des grands-bis de Thomas Stevens aux gravels chargés des coureurs de la Transcontinental, l’histoire du bikepacking raconte la même envie : partir léger, rouler loin, dormir dehors et se laisser surprendre par la route. Les sacs sont devenus étanches, les vélos plus polyvalents, les traces se partagent en un clic, mais l’essentiel n’a pas bougé.
Pour aller plus loin, retrouve notre guide complet du vélo de voyage et nos articles :
- Bikepacking vs cyclotourisme : choisir la formule qui te ressemble.
- Équipements indispensables pour un voyage à vélo : la liste complète du matériel.
- Choisir sa tente de bikepacking : légère, compacte et vite montée.
- Préparer un voyage à vélo : budget, entraînement et sécurité.
- Histoires inspirantes : Heinz Stücke, Dervla Murphy et Ed Pratt, trois aventuriers qui ont repoussé les limites du voyage.
Et toi, c’est pour quand ta première nuit en bivouac à vélo ? Raconte-nous ton projet en commentaire !
